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Le crowdsourcing est-il la solution idéale pour mesurer la qualité de service mobile ?

Le crowdsourcing consiste à utiliser les mobiles des usagers pour remonter les informations de qualité de service des réseaux mobiles. Cette solution est perçue comme idéale : en apparence peu chère, couvrant facilement un pays entier, elle dispenserait les opérateurs de coûteux drive tests. Mais la réalité est-elle aussi prometteuse  que les vendeurs de solutions de crowdsourcing le laissent croire ? Faut-il vraiment privilégier le crowdsourcing pour mesurer correctement la qualité de service des réseaux mobiles ?



Il existe en réalité 2 méthodes de crowdsourcing : le MDT et des applications mobiles.

  • Le MDT (pour Minimization of Drive Tests) est une méthodologie standardisée, introduite dans la release 10 de la norme 3GPP. Insérée dans la norme et activée directement depuis le réseau, le MDT présente donc l’avantage de pouvoir collecter par défaut les données depuis tous les smartphones des utilisateurs de l’opérateur.
  • Le crowdsourcing via application mobile requiert quant à lui que les utilisateurs installent une application mobile sur leur téléphone.


La promesse du crowdsourcing : des mesures étendues et représentatives du vécu des utilisateurs

Traditionnellement, les opérateurs ont mené des drive tests pour collecter des données leur permettant de mesurer la performance de leurs réseaux mobiles. Ces drive tests, opérés par l’opérateur lui-même ou délégué à un prestataire externe, sont coûteux en équipement, en temps et en ressources déployées sur le terrain. De plus, il est difficile de couvrir l’ensemble d’un pays sans multiplier les drive tests et donc les coûts.


Les solutions de crowdsourcing ont été conçues pour pallier ces difficultés et faciliter les mesures. In fine, elles favorisent l’amélioration de l’expérience client.
Elles reposent sur les données remontées par les téléphones mobiles des utilisateurs, de façon totalement transparente. Corrélées avec les données GPS, ces données radio fournissent une vision géographique des problèmes de performance et de capacité des réseaux mobiles de l’opérateur.


D’après les fournisseurs, ces solutions permettraient :

  • de collecter des milliers d’événements radio, partout sur le territoire où l’opérateur est présent, sans drive test
  • d’avoir une vision précise de la réalité de l’expérience utilisateur (QoE) à chaque instant. En effet, les drive tests sont menés en utilisant un nombre limité de terminaux, souvent de dernière génération. Le crowdsourcing, lui, repose sur des données remontées par toutes sortes de terminaux, y compris des anciens. Il serait donc  plus représentatif de ce que vivent les utilisateurs au quotidien.
  • de réaliser facilement des cartes de couverture, par exemple pour démontrer l’atteinte des engagements de couverture liés à la licence.


Les inconvénients méconnus du crowdsourcing

En théorie, les approches crowdsourcing permettraient donc d’obtenir les mêmes résultats, voire des mesures plus étendues, que des drive tests pour un budget nettement inférieur.


Il faut toutefois prendre en compte plusieurs autres facteurs, au-delà du coût, avant de s’engager dans cette démarche.

Il faut obtenir le consentement des utilisateurs

Les  législations sur la protection des données en vigueur dans de nombreux pays imposent l’obtention du  consentement des utilisateurs pour utiliser ces données, quelle que soit la méthode de collecte utilisée (MDT ou application mobile). Face à des consommateurs de plus en plus protecteurs de leurs données personnelles, obtenir ce consentement peut se révéler ardu.


Dans le passé, certains acteurs ont essayé de masquer ces fonctionnalités au sein d’applications aux multiples usages et de conditions générales à rallonge que les gens acceptaient sans les avoir lues. Ces acteurs ont été sanctionnés. Il faut désormais obtenir un consentement explicite pour l’utilisation de ces données.


Le crowdsourcing n’ayant un réel intérêt que quand il est déployé massivement, il est indispensable d’estimer sa capacité à installer le service chez ses clients et à obtenir leur consentement avant de se lancer dans cette démarche.

Les systèmes d’exploitation imposent leurs règles

Comme toute application mobile, le fonctionnement de ces services est limité par les politiques sur la protection des données définies par les systèmes d’exploitation, principalement Android et IoS. La fréquence de remontée des logs ou le type de logs acceptés ne seront donc pas forcément les mêmes d’un système d’exploitation à l’autre.

Les indicateurs sont moins riches

Les indicateurs mesurés grâce au crowdsourcing sont nettement moins riches que ceux obtenus grâce aux drive tests.


Le MDT fournit uniquement des indicateurs de couverture mobile. Avec les applications mobiles, il est possible d’obtenir quelques indicateurs supplémentaires, par exemple les débits de download et d’upload ou le temps de téléchargement d’une page web. Ces indicateurs sont plus représentatifs de l’expérience réellement vécue par les utilisateurs.


La variété des indicateurs reste cependant bien inférieur à celle obtenue lors de drive tests. Cette richesse accrue permet ensuite une analyse des problèmes et de leurs causes beaucoup plus fine.

Gérer ces volumes massifs de données nécessite d’importants investissements

Une solution de crowdsourcing n’est pas aussi peu chère qu’il n’y parait. Pour gérer les énormes volumes de données collectées par la méthode MDT, l’opérateur doit investir dans de puissants et coûteux serveurs, tant pour le stockage que pour le traitement des données.

Le problème sera moins marqué si l’opérateur utilise une solution via application mobile. Généralement, ces solutions sont proposées en mode SaaS et les données stockées dans le cloud du fournisseur. Le fournisseur, qui partage son infrastructure entre plusieurs clients, obtiendra plus facilement des économies d’échelle. Malgré tout, les coûts d’infrastructure seront bien évidemment répercutés dans le coût des licences.

Le post-traitement est complexe

Dans tous les cas, post-traiter des tels volumes de données est compliqué. Plus le volume de données est important, plus il est nécessaire de savoir trier les données pour en extraire les problèmes et insights clés.  Les logiciels d’analyse proposés avec les solutions de crowdsourcing sont riches mais complexes.
A tel point qu’un de nos clients nous avouait récemment ne pas utiliser sa solution de crowdsourcing par application mobile faute d’experts en mesure d’exploiter correctement les outils.


Il est donc indispensable d’analyser en amont les compétences nécessaires, et disponibles,  à l’analyse de la qualité de service et à l’exploitation de ces logiciels.



Le crowdsourcing est une solution indéniablement bénéfique dans une stratégie d’amélioration de la qualité de service des réseaux mobiles. Elle permet notamment d’étendre la couverture des mesures sans drive tests supplémentaires. Ce n‘est cependant pas une solution miracle : le faible nombre d’indicateurs remontés, la complexité du post-traitement et le coût des infrastructures nécessaires font de cette approche un excellent complément aux drive tests, mais en aucun cas un remplacement.

Par Adel ZERGOUG le 29/11/2019

Adel Zergoug Ingénieur Performance Réseaux End to End

Article posté par :

Adel ZERGOUG

Ingénieur Performance Réseaux End-to-end

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