Innovation & Stratégies

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Le Vision Fund : coup d’éclat de SoftBank ou « business as usual » ?

Lancé en octobre 2016, le Vision Fund de Softbank s’était fixé comme objectif d’atteindre 100 milliards de dollars, son dirigeant Masayoshi Son, ne « voulant pas faire de petits paris ». En juillet 2017 il avait atteint 93 milliards. Portant bien son nom, ce fonds doit permettre à SoftBank de servir sa vision en investissant dans les startups et les licornes qui dessinent le futur des usages.

Qui sont les investisseurs qui ont pris part au Vision Fund ?

Une palette d’investisseurs qui ferait envie à plus d’une startup aujourd’hui a investi dans le Vision Fund. Le plus gros contributeur est le fonds souverain d’Arabie Saoudite. Cherchant à réduire sa dépendance historique aux revenus pétroliers, il a injecté 45 milliards de dollars ce qui représente plus de la moitié du montant global. C’est vers les nouvelles technologies que ses investissements stratégiques se tournent désormais. Il est suivi par SoftBank lui-même à hauteur de 28 milliards et le fonds souverain d’Abu Dhabi avec 15 milliards. Apple, Foxconn, Qualcomm et Sharp ont quant à eux versé 5 milliards de dollars.

 

 

Le Vision Fund veut investir en priorité dans l’IoT, la réalité virtuelle, la robotique, les FinTechs et l’Intelligence Artificielle. A ce titre, le Vision Fund a déjà pris des parts dans le fabricant de puces ARM, dans Didi Chuxing l’Uber chinois, dans la solution de paiement indienne PayTM, dans la startup de réalité virtuelle Improbable Worlds, et s’intéresse de très près à Uber malgré ses récents déboires.

 

Certains analystes financiers estiment que cette structure de financement n’est pas sûre. Le Vision Fund est en effet le plus gros fonds d’investissement ciblant les nouvelles technologies jamais créé. En misant si gros, le risque de surévaluer ses participations dans les startups choisies n’est pas exclu. De plus, il est le seul à avoir investi en cash, 70% des capitaux du fonds sont financés par la dette. Masayoshi Son a déjà prouvé qu’il aimait le risque : les possibilités qui s’offrent à lui grâce au fonds sont énormes, mais les conditions de sa création rappellent celles des bulles spéculatives.

La vision singulière de Masayoshi Son

Très connu pour sa gestion du business intrépide voire risquée, Masayoshi Son veut avec ce fonds rendre réelle sa vision du futur. Il cherche à investir aujourd’hui dans les entreprises qui traduisent sa vision de demain. Son cheval de bataille est celui de l’intelligence artificielle, et ses investissements adjacents ne sont pas anodins. Au début de la chaine, ARM et Qualcomm fourniront les puces qui permettront aux algorithmes de tourner et au bout, Uber, Didi Chuxing, Ola, Grab et autres services de VTC utiliseront l’IA pour piloter leurs voitures autonomes. Masayoshi Son déclarait à ce sujet « La voiture autonome est en train d’arriver, cela ne fait plus de doute, et quand elle sera là, le business du covoiturage va devenir de plus en plus important ». Tout semble déjà prêt du côté de SoftBank en tout cas.

 

On peut croire qu’une part de sa vision va réellement au-delà des profits qu’il tirera de ces investissements. Avec le Vision Fund, Masayoshi Son veut jeter les bases du prochain stade de la Révolution de l’Information. Il estime que la technologie permettra à l’humanité de faire face à ses plus grands défis. Il croit à la Singularité Technologique, point au-delà duquel les programmes d’Intelligence Artificielle ne sont plus mis au point par des humains mais par les IA elles-mêmes. Avec le Vision Fund, il se prépare à cette éventualité.

Le Vision Fund : avant tout un moyen de rester fidèle à la stratégie de SoftBank

SoftBank n’en est pas à son coup d’essai. Il espère reproduire la réussite d’Alibaba dont les 20 millions de dollars investis en 2000 représentaient 65 milliards de dollars en juin 2016. C’est à la même date que SoftBank a décidé se séparer de 7,9% des 32% qu’il possède dans le site de e-commerce chinois. Pourquoi se séparer d’un business profitable pour se lancer dans un fonds d’investissement colossal et par nature risqué ? Est-ce son côté visionnaire qui le pousse à prendre ces risques ? C’est avant tout un pragmatique qui ne déroge pas à la stratégie de SoftBank. Depuis toujours la diversification fait partie de l’ADN de l’opérateur. Environ 25% de ses revenus proviennent d’activités hors télécoms et en particulier du secteur Internet avec le e-commerce (Alibaba, Tokopedia, Coupang, Snapdeal etc.). Une fois encore Masayoshi Son s’appuie sur ce principe et à grande échelle. Les risques sont donc plus gros mais il a aussi été assez intelligent pour les partager avec d’autres investisseurs !

Par Maïlys BRUSSEEL GIRAUD le 20/11/2017

Article posté par :

Maïlys BRUSSEEL GIRAUD

Consultante Market Intelligence

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